LA UNE : LE MAGAZINE DES ENTREPRISES ADAPTEES – Septembre 2017

Article Cheops en page 37

« CHEOPS : IL FAUT UNE VRAIE
POLITIQUE PUBLIQUE POUR FAVORISER
L’INSERTION DES JEUNES
Cheops réunit l’ensemble des organismes de placement
spécialisés que l’on appelle CAP Emploi, chargés de l’insertion
professionnelle des personnes handicapées et de
leur suivi durable dans l’emploi. À compter du 1er janvier
2018, ils ont une mission étendue à celle du maintien
dans l’emploi.
Partenaire de l’UNEA dans la mise en œuvre du Contrat
de développement, Gilles Lenice, Directeur général de
Cheops, fait part de sa vision.
UNEA : Concourir à la création d’emploi et accompagner
l’évolution professionnelle des salariés sont les principaux
enjeux du contrat de développement signé le 9 mars
dernier en partenariat avec l’État. Comment voyez-vous
votre contribution à cette dynamique collective ?
Gilles Lenice : Sur ce sujet-là, nous avons deux axes principaux.

Le premier est en cours. En tant qu’organisme de placement
spécialisé, nous avons des relations étroites avec les Entreprises
Adaptées sur les territoires. On instruit leurs offres
d’emploi et on propose des candidats. Annuellement, on a
un peu plus de 4600 contrats signés au sein des Entreprises
Adaptées.
Dernièrement, il y a eu accord de l’ensemble des acteurs du
Service public de l’emploi (SPE) – DGEFP, Pôle Emploi, Mission
locale et CAP Emploi – pour se mettre d’accord avec
l’UNEA sur la procédure des recrutements en Entreprise
Adaptée. À la fin du mois de juin dernier, toutes les têtes de
réseau ont envoyé à leurs adhérents respectifs la procédure
qui devrait même faire l’objet d’un point de l’ordre du jour
des futures réunions des SPER (Service Public de l’Emploi
Régional).
Le deuxième est à mon avis extrêmement important. Depuis
la loi de mars 2014 relative à la formation, les organismes
de placement spécialisés et Cap Emploi sont opérateurs du
Conseil en évolution professionnelle (CEP). Cela a amené la
reconnaissance du CEP pour les demandeurs d’emploi. On
sait que dans la nouvelle offre de service, les CAP Emploi
seront aussi l’opérateur du CEP pour les salariés handicapés.
Ce qui est très intéressant, c’est une double possibilité :
• Dans le cadre de l’évolution professionnelle, les salariés
d’Entreprise Adaptée pourraient se rapprocher du CAP
Emploi pour l’envisager ;
• La deuxième possibilité est liée à la problématique
d’usure au travail ou de vieillissement de la population
salariée handicapée. Il peut être intéressant pour
ces salariés de mobiliser un Conseil en évolution
professionnelle auprès du CAP Emploi afin de pouvoir
anticiper leur fin de parcours professionnel.
Cela peut être un outil supplémentaire positif à la disposition
des Entreprises Adaptées pour mieux capter et mieux
accompagner l’évolution professionnelle des salariés dans
leurs structures.
UNEA : Concernant la question de l’inclusion, les signataires
s’engagent à faciliter l’accès et le maintien des
jeunes dans l’emploi. Quels sont les leviers d’aujourd’hui
et de demain pour y arriver ?
GL : Concernant les CAP Emploi, c’est un peu compliqué car
dans l’ensemble de l’éco-système qui fait que Pôle Emploi
envoie 77 500 demandeurs d’emploi accompagnés par an
à CAP Emploi, nous n’avons que 5% de jeunes. C’est extrê-
mement peu. Par conséquent, on ne s’enferme pas sur cette
problématique-là.
Par contre, il est possible que l’on puisse plutôt se mobiliser.
Des synergies se mettent en place entre Pôle Emploi, les Missions
Locales et CAP Emploi, pour que l’on puisse densifier
le sourcing auprès des jeunes en situation de handicap. On

pourrait ainsi proposer, sur des contrats d’apprentissage ou
des contrats de professionnalisation, plus de candidatures
qu’il n’y en a actuellement. Il faut avoir, à mon avis, une
approche pragmatique et l’aborder sur ce genre de contrats
afin d’obtenir de meilleurs résultats.
Sur le plan macro-économique, on est dans une phase de
prise de conscience. Il y a effectivement la nécessité d’une
politique publique envers les jeunes handicapés. On se
retrouve aujourd’hui avec des jeunes en situation de handicap
scolarisés au 1er, 2e
et 3e
degrés. On compte environ
350 000 jeunes qui arriveront demain sur le marché de
l’emploi. Il faut que l’on ait une vraie politique publique,
cohérente, organisée, structurée par les acteurs du SPE pour
favoriser leur inclusion, y compris avec un process d’adaptation
et de prise en compte du handicap dans leur parcours
professionnel.
UNEA : Enfin, le Contrat de développement envisage une
déclinaison régionale. En tant qu’acteur ancré dans le
territoire, comment pouvez-vous partager votre connaissance
des éco-systèmes territoriaux ?
GL : Les Entreprises Adaptées sont avant tout des entreprises.
La philosophie des CAP Emploi fait qu’il ne peut y avoir de
placements que s’il y a adéquation avec une entreprise. On
a, donc, une première accroche culturelle entrepreneuriale
que l’on partage entre l’UNEA et Cheops.
Maintenant, on peut passer tous les accords, toutes les
conventions de collaboration entre l’UNEA et Cheops, c’est
quand même le maillage territorial sur le terrain qui fera
qu’il y aura ou pas des résultats. Par rapport à cela, il y a un
axe adéquation candidature/offre emploi et un autre sur la
perspective d’évolution professionnelle. On également avoir
un axe sur l’anticipation des besoins. Au niveau de l’Observatoire
des métiers et des compétences, mis en place par
l’UNEA, il y a tout à fait matière à anticiper les futurs besoins
de recrutement. Ainsi, le maillage à l’échelon régional sera
sûrement le bon échelon pour pouvoir aborder concrètement
ces problèmes de qualification du public dont on aura
besoin pour les proposer dans les Entreprises Adaptées.
Enfin, il serait intéressant de développer un outil de qualification
sur l’embauche des contrats à durée déterminée
(CDD). Sur une ou deux régions, à titre expérimental entre
une Entreprise Adaptée et Cap Emploi, on pourrait mettre
en place cet outil qui permettrait d’anticiper la sortie des
personnes en CDD, et voir comment leur proposer une continuité
de parcours. Cela permettrait de construire une sécurisation
d’un parcours professionnel pour un certain nombre
de salariés qui sont en situation de handicap.
Propos recueillis par Stéphanie Benaroc  »

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